Tout d'abord, on tient à vous dire que l'on va bien à présent. Deux mois se sont écoulés depuis ce jour, donc ne vous inquiétez pas... En revanche, ce qui suit n'est pas joyeux du tout, bien au contraire, donc si des enfants sont en train de lire ces lignes ou d'écouter cette histoire, nous vous conseillons de sauter passer à la prochaine (ou peut-être la suivante). Rassurez-vous, on postera très bientôt de nouvelles aventures palpitantes (on espère), mais on voulait quand même vous partager ce cauchemar que l'on a vécu en décembre. Tout ne peut pas toujours etre joyeux et excitant dans une aventure. Alors voilà...
On est en train de se promener en scooter, on prend notre temps pour admirer le paysage. Julia apprécie enfin la balade en scooter. Mais il y a des graviers sur notre route et on ne peut pas les éviter. Malgré notre lente vitesse, le scooter glisse et nous tombons tous sur la route en glissant nous aussi avec l'élan. Côme est allongé face contre terre, il crie et pleur. Julia et Doo se précipitent alors pour le relever. Il a du sang sur le visage et sa cuisse droite est creusée si profondément que l'on peut voir son cartilage. A partir de ce moment là, tout n'est plus que panique, terreur et cris... Doo court jusqu'au village à 50 mètres de la chute et crie aux villageois d'appeler une ambulance. Julia tient Côme dans ses bras. "Maman ?! Est-ce qu'on est mort ?" - "Non mon coeur, on ne l'est pas... tout va bien se passer...". Elle n'a pas encore regardé sa propre blessure. Elle est terrifiée pour Côme. Doo revient en courant et regarde la blessure de Julia horrifié. C'est encore pire que celle de Côme. Sous son genou droit, sa peau est complètement déchirée et laisse place à une crevasse très profonde. Les villageois arrivent alors pour nous aider. Doo crie à nouveau d'appeler une ambulance, vite ! Ils lui répondent que l'ambulance est en chemin et nous proposent de venir nous habriter au village. Doo prend un Côme ensanglanté et terrifié dans ses bras pour l'amener sous un abris. Les villageois aident Julia à marcher. Elle dit alors à Doo qu'elle ne se sent pas très bien. Doo lui dit de s'adosser au banc par terre et de ne surtout pas regarder sa propre blessure. On essaye tout les deux de rassurer Côme comme on peut, on lui dit qu'il ne va pas mourir, que tout va s'arranger. Il pense que le cartilage qu'il a vu était son os et pour lui, c'est un signe qu'il est sur le point "d'aller aux étoiles". Après les 15 plus longues minutes de notre vie, l'ambulance arrive enfin. Doo se précipite vers elle. "On a besoin d'aller à l'hôpital !!! On doit faire vite !!!" Dans l'ambulance, Côme pleure et dit à Doo : "C'est juste un rêve, hein Doo ?! Ca peut pas être vrai... Je vais me réveiller... hein ?!". Doo n'a jamais autant souhaité de sa vie qu'un tel souhait puisse être exaucé...
Quand on arrive à l'hôpital, on se précipite à l'intérieur. Les infirmières allongent Côme et Julia sur un lit dans le couloir mais quand elles regardent leurs blessures, elles nous disent qu'il n'y a pas de docteur ici et que les blessures sont trops sérieuses pour qu'elles puissent les soigner. Nous sommes ici dans une clinique, pas dans un hôpital. "Quoi ?! Où est l'hôpital alors ?". L'hôpital se trouve très loin d'ici... Les infirmières disent alors à l'ambulancier de nous y emmener mais nettoyent tout d'abord les blessures. Côme hurle, Julia essaye de ne pas pleurer, Doo est complètement paniqué. Des policiers arrivent alors à la clinique et commencent à poser des questions sur l'accident, sur nos papiers, etc... "Quoi ?!" Doo n'en croit pas ses yeux. "Désolé monsieur mais là, j'ai besoin qu'ils se fassent soigner. Je vous dirai tout ce que vous voulez et je vous donnerai tout ce que vous voulez après mais là, maintenant, c'est EUX ma priorité absolue". L'agent de police est compréhensif et s'éloigne alors.
On est ensuite conduit dans le "vrai" hôpital. Ca nous prend une bonne demie heure. "On ne remontera jamais en scooter hein ?" demande Côme - "Non.. Jamais." répond Julia 'T"inquiètes pas". Une fois à l'hôpital, on se précipite à l'intérieur une fois de plus. Il y a deux lits juste là, dans le hall d'entrée. Doo demande à voir le docteur et l'empresse de soigner Côme et Julia. Une infirmière très lente et complètement indifférente s'approche alors et donne à Doo un morceau de papier. Elle lui dit qu'il faut tout d'abord qu'il achète ça à la pharmacie et qu'après ils les soigneront. "Vous vous fichez de moi là ?! Vous inquiétez pas !!! Je payerai pour tout ce que vous voulez !!!! Mais vous les soigner MAINTENANT !!!". Le docteur s'approche alors lentement et commence à s'occuper des blessures...
Il commence par nettoyer la blessure de Côme et à mesure qu'il la nettoie, Côme hurle comme si son corps se déchirait, comme s'il était en train de se faire torturer. Dans l'hôpital, on n'entend aucun autre bruit. On peut lire la peur et la tristesse sur le visage des gens. Quant à nous... notre âme est en train de se faire broyée, juste là, à cet instant précis... Nous vivons le pire moment de notre existence... de loin. Doo essaye de parler des aventures de Groin et Meuh autour du monde. Ce sont les histoires préférées de Côme, mais c'est un effort vain... Rien ne peut soulager cette souffrance insuportable...
Après avoir nettoyé la blessure de Côme, le docteur se tourne vers Julia et l'infirmière donne un autre bout de papier à Doo pour qu'il achète de quoi couvrir ses blessures. Un des policiers (qui nous ont suivit jusqu'à l'hôpital) s'avance alors à nouveau. Avant qu'il puisse dire quoi que ce soit, Doo lui dit : "S'il vous plaît, s'il vous plaît, attendez...". Il n'y a plus de colère ni de panique dans sa voix, juste le désespoir le plus profond... L'agent recule alors à nouveau.
Quand Doo revient avec les compresses, le docteur lui dit que la blessure de Julia est trop profonde, qu'il va devoir la recoudre. Julia a peur d'être charcutée et demande alors à Doo de dire au docteur d'essayer de faire une cicatrice pas trop moche. Le docteur rit en entendant la demande et commence à l'anesthesier. Il n'injecte clairement pas suffisament de produit (il veut sûrement épargner chaque mililitre du liquide qu'il peut) parce que quand il enfonce son hameçon de pêche dans la peau de Julia, elle hurle de douleur. Il injecte alors davantage de produit et continue de recoudre Julia. La douleur est toujours intense mais elle se retient de crier pour ne pas effrayer Côme. Quand le docteur a finit, il demande à Doo de venir vérifier son travail en lui disant "c'est le mieux que j'ai pu faire." En sachant que la peau de Julia était en lambeau, ça a l'air "super"...
Doo doit ensuite retourner à la pharmacie pour acheter encore d'autres médicaments et il remarque les policiers qui sont toujours en train d'attendre patiemment. Il se dirige alors vers eux. "Excusez-moi, mais pourquoi êtes-vous là déjà ? On est tombé tout seul, il n'y a pas d'autres blessés..." - "C'est la procédure monsieur, quand des étrangers ont un accident." - "Ah... je vois...". L'officier prend alors la déposition de Doo et demande tout plein de paperasses : les passeports, le permis de conduire, les papiers du véhicule... Il demande également si on souhaite qu'ils aillent chercher le scooter pour nous le ramener. Doo n'avait même pas pensé à tout ça jusqu'à présent... Mais c'est vrai... comment est-ce qu'on va retourner là-bas ? Comment est-ce qu'on va ramener le scooter au magasin ? Comment est-ce qu'on va retourner à la maison ? Nous sommes à des kilomètres et des kilomètres de là... Le scooter est perdu au milieu de la campagne et nous sommes retourné dans cette partie de l'île où il nous a fallu 5h pour partir la dernière fois... Doo, desespéré, demande : "Est-ce que vous pouvez nous amener au scooter ? Est-ce que vous pouvez nous amener à notre maison ?" - "Oui monsieur." - "C'est vrai ?! Vous pouvez attendre qu'on ait terminé ici ?" - "Oui monsieur." - "Oh merci !!!! Merci !!!" Et les trois policiers vont attendre encore plus d'une heure avant que Côme et Julia ne soit prêt à y aller.
Quand vient le moment de couvrir la blessure de Côme, l'infirmière met simplement une compresse sèche dessus. "Vous voulez rire ?!" dit Doo, "Ca va coller à la blessure !! Ca va faire super mal quand on va vouloir la retirer !!! Ca ne pourra pas guérir !!". Doo avait souffert d'un même "soin" inaproprié au Portugal quand il était petit et en a gardé une cicatrice énorme et des souvenirs très douloureux... Mais l'infirmière ne veut rien entendre et continue son bandage. Le docteur nous donne alors des antibiotiques, nous dit qu'il faut changer les bandages tous les jours et retirer les points de suture dans 10 jours. Et puis il nous laisse partir... Les agents nous escortent alors jusqu'au poste de police où Julia et Côme attendront pendant que Doo est amené au scooter pour le ramener au poste. Il commence à se faire tard, les policiers nous invitent gentillement à partager leur dîner mais aucun de nous n'a d'appétit. Nous attendrons au poste pendant un certain temps avant qu'ils puissent nous escorter à la maison avec le bon 4x4 pour transporter le scooter. En chemin, le pneu avant crevera et nous devront attendre encore un peu pour changer de véhicule...
Il est 22h30 quand nous arrivons enfin "à la maison". Côme et Julia sont allongés sur le lit. Doo est debout face à eux. On est tous dévasté. C'est sûr, on est en enfer là. "Qu'est-ce qu'on va faire ?!?" ...
